dimanche 20 janvier 2008

- Les Méthodes de Tambours Batá: numéro sept - Oru Cantado par Adrian Coburg


Média: Partitions
Langues: Espagnol et Anglais
Note: 12/20
Édition: Autoproduit 2004
3e Édition: 2006

Avec ce second article nous allons aborder le volume portant le titre de: "Oru Cantado - Cantos Yoruba y Arara". Il est le complément logique du volume "Oru Seco - the Bata Scores" étudié plus haut. Il ne s'agit pas d'un volume sur les toques de batá, mais uniquement sur les chants.
Pour les toques à utiliser dans l'oro cantado, on devra se reporter soit au volume précédent, au volume "Toques Especiales - Bata scores" (voir article plus loin).


Les deux ouvrages (Oru Seco et Oru cantado) sont illustrés par un cd audio, portant le titre de: "Antología Yoruba - volume 1 / volume 2 - Oru seco / Oru cantado", qui sera indispensable aux gens ayant acheté les deux recueils, pour mieux comprendre le style de Julio Dávalos, et pour éclaircir les quelques imprécisions, dont certaines relevées dans l'article plus haut.

NB: Notre but n'est pas ici de critiquer pour critiquer, mais bien d'éclaircir les internautes étudiant les tambours bata. Nous estimons important, vu la quantité de matériau pédagogique édité récemment, d'essayer d'évaluer le contenu ces ouvrages et de les comparer. Pour l'instant, à notre avis, la méthode de tambours bata idéale n'a pas encore été éditée - même si nous avons attribué la note de 20/20 au dvd "El Lenguaje del Tambor".

Ce nouveau recueil contient uniquement des chants, cependant, (cette fois-ci) des indications sur le sens de la clave sont données, ainsi que le nom du toque qui accompagne chaque chant. Le démarrage du toque par rapport au chant est transcrit, ce qui constitue une aide considérable et indispensable. Souvent, les toques transcrits commencent par une série de frappes sur le "chachá", bien qu'il ne nous soit donnée aucune explication à ce sujet. Il s'agit en fait d'une sorte de "mise au point pour un tempo commun" dans laquelle le joueur d'iyá cherchera à rejoindre la pulsation exprimée dans le chant par l'akpwón afin d'asseoir le départ du toque.
Encore une fois, un manque de précisions sur le contexte de l'oro seco, et l'absence d'indications sur le "comment faire" sont à déplorer. Pourtant, contrairement au volume "Oru Seco", une introduction est bien présente ici, longue de… 5 lignes. On nous dit donc - littéralement - que:
"les chants de l'Oru cantado sont écrits dans différentes tonalités. L'Akpwon (chanteur-soliste) choisit la tonalité dans laquelle il chantera chaque chant. Les tonalités que vous rencontrerez dans les transcriptions sont conformes à la façon dont Awo Chadeé (Julio Davalos) chante chaque chant. Choisissez librement la façon dont vous chanterez les chants".
Ces explications, pour le moins sommaires, ne nous renseignent que sur la tonalité des chants, ce qui est d'une utilité relative. Au moins peut-on supposer qu'il s'agit bien-là de transcriptions du style de chant de Dávalos. Dans la phrase "Choisissez librement la façon dont vous chanterez les chants" - nous supposons qu'on ne nous parle ici que de la tonalité - ou la phrase prêtera (encore une fois) à équivoque. Le fait que le nom de religion de Dávalos soit cité nous laisse supposer qu'il est Santero, c'est-à-dire qu'il a terminé son initiation et "fait son Saint", ce qui suppose un certain niveau de connaissance de la langue.

(Cliquer pour agrandir)


Voyons maintenant ce que contient cet orú cantado, Oricha par Oricha:
Eleguá, 10 chants: "Ashe moyuba Orisha", "Igbara Ago", "Agongo Ago, Agongo Laroye", "Agongo Ago", "Akolona Furawua", "Oya Oya Oya", "Ishon Shon Abe", "Eshu o", "Ago Elegba Bukenke", "Abukenke".

À l'étude de ces 10 chants transcrits en 4 pages, il apparaît que:
-Les rythmes sont impeccablement transcrits, même si l'on peut avoir un avis divergent sur quelques points de détail.
-La présence de 10 chants pour Eleguá dans l'oro cantado est à notre avis un peu abusive. 3 chants seront suffisants, même si 5 chants est un chiffre plus courant.
-Le démarrage du toque est précisé sur le premier chant, ce qui est très utile, la plupart des débutants croyant que la llamada de l'oro seco est employée également sur les chants.
-Au début de la page 2, on a la transcription du toque spécifique (3e vuelta d'Eleguá) sur le chant "Agongo Ago". En haut à droite de la page, on a la référence du toque à jouer, qu'on appelle ici… "Agongo Ago". On peut donc se reporter au volume "Oru Seco" qui contient ce toque, pour y trouver des variations. Cette remarque est également valable page 3 pour le chant "Oya Oya Oya".
-Sur le chant suivant, "Ago Lona fúrawa", on a également à disposition la trancription pour savoir comment revenir du toque "agongo ago" à la 1ère vuelta ou "base" du toque.
-Les indications de vitesse ne sont pas données, qui auraient pourtant été bien utiles.
-Rien sur le rythme, encore une fois, que ce soit dans les chants ou dans les extraits de toques, ne nous a semblé mal transcrit, sinon quelques points de détails: on trouve encore deux systèmes de clave, l'une en deux mesures, l'une en une seule (parfois dans la même série de chants), mais très rarement, toutefois .

À propos des textes des chants:

-On ne peut pas dire que les chants soient mal transcrits au niveau de la langue. Même s'il n'existe à Cuba aucune manière académique d'écrire la langue yoruba, on peut quand même reconnaître ici que l'organisation des syllabes en mots est cohérente, même si nous ne sommes pas d'accord avec toutes les orthographes employées.
-Le parti a été pris - encore une fois sans le préciser - d'utiliser la graphie "sh" (Orisha, Oshun, Shangó) là où d'autres préfèreront le "ch" espagnol (Oricha, Ochún, Changó). Mais on ne nous dira pas comment il faut les prononcer.
-Un autre parti a été pris de ne jamais accentuer graphiquement aucune syllabe. L'accentuation permet pourtant de mieux prononcer les mots yoruba, et de s'apercevoir que ces syllabes accentuées tombent systématiquement sur le toque ou sur la clave.
-La présence du "r" dans la phrase "Akolona furawa" fait penser au style de Lázaro Pedroso, style ancien, car on entendra plus souvent dire de nos jours: "Ago Lona fú a wá".
-L'usage du "k" à la place du "g" dans "Ago Lona" est plus étonnant.
-La présence d'une syllabe supplémentaire la seconde fois ("Akolona furawa o") est possible dans le cas de l'akpwón, le "o" emphatique en fin de proposition étant en yoruba largement utilisé (ex: "mo yuba o, mo yuba Orisa"), mais il doit uniquement faire partie de la "guía" de l'akpwón et ne doit en aucun cas être chanté par le choeur.
-Les 3 phrases du milieu du chant sont visiblement confuses: "Bobo ile, bobo tina, bobo ile, leti bara, bobo ile, bobo tina". On aura plutôt l'habitude de rencontrer: "A wá nilé le ki Bara, Echú (O)nile gbogbo dina, Echú nile gbogbo dina" (selon Lázaro pedroso) ou, très souvent: "A wá nilé le ki m'Bara, owo nilé gbogbo dina, owo nilé gbogbo dina".
-Dans le chant "Ishon shon abe", on trouve: "i shon shon abe odara, ko wo ri le yo", alors qu'on trouvera plus souvent "kó roni eyó" ("que no llegue hoy la tragedia" = que les problèmes soient aujourd'hui évités) ou "kó Lerí leyo" (= "kó Elerí aleyo" = "il n'est pas le Propriétaire de la tête des non-initiés", soit: "il ne descend pas dans la tête des non-initiés"). Mais il s'agit-là d'un point de détail.
-Autre point de détail, dans le chant "Abukenke": Coburg transcrit "Oggun latopa loyu", là où l'on trouvera plus souvent "Ogún la topa lowó" = "Ogún mata por sus propias manos" (Lázaro Pedroso), soit "Ogún tue de ses propres mains". On trouvera également "Ogún ya topon Lowo" (Ogún est digne d'être loué car il est riche. (O)-lowo = le propriétaire de l'argent. Par contre ce "loyú" est rarement employé pour Ogún, et aurait à voir avec la vue (oyú = yeux).


À propos des mélodies:

Note: Nous ne pouvons pas, par respect pour l'auteur, nous permettre de mettre en ligne plus de pages que lui-même n'en a mis sur son site. Adrian Coburg a mis la page ci-dessus sur iyalodde.ch, et c'est malheureusement tout ce que nous pouvons mettre à la disposition des internautes.

Dans les trois premiers chants figurant sur cette page, trancrits en Sol majeur, si nous sommes bien d'accord avec la tonalité, clairement exprimée par la mélodie, nous constatons quand-même une anomalie: les quatre dernières notes de l'avant-dernière mesure sont pour nous inexactes. Encore une fois, s'il s'agissait uniquement de la partie à chanter par l'akpwón, et si Adrian Coburg s'est borné à transcrire ce que chante Julio Dávalos, on pourrait le justifier et le problème serait mineur. Par contre la mélodie que le choeur doit chanter doit correspondre (à priori) à un standard établi.

Qui peut affirmer qu'il existe une "véritable" mélodie? Personne. Cependant, avec le temps et le nombre de versions entendues, on connaîtra la mélodie chantée "la plupart du temps", on apprendra quelles sont les versions qui comportent des différences, et on connaîtra ces différences. Chaque akpwón, pour définir ce qu'il juge être "la bonne mélodie" se basera ainsi sur sa propre culture, constituée de l'enseignement principal qu'il a reçu, et de toutes les versions qu'il a entendues, à tel point qu'au bout d'un certain temps il saura, quand une mélodie n'est pas conforme à ses yeux, soit la classer comme différente, mais valable car "certains la chantent ainsi" ou différente, et mal chantée car "jamais entendue ainsi".
Pour juger ici si les mélodies sont conformes ou non, nous allons utiliser le même principe, c'est-à-dire:
-nous baser sur notre propre expérience et
-comparer avec les versions déjà entendues, pour enfin
-juger si le style existe ou s'il n'a jamais été entendu ainsi, et dire si à notre avis la mélodie est conforme ou non.
"Bien, et votre expérience, quelle est-elle exactement" - nous dira-t-on légitimement - "pour être capable de juger?".
Tout d'abord: des cours de chant et de traduction des chants, avec différents professeurs, tels que: Lázaro Pedroso, Franklin Beltrán, Reynaldo "Flecha" Delgado, Sergio Quiros, Alexis Zayas, Alejandro "Mafé" Mola, Moraima Varona, qui sont tous Akpwón Oricha, et d'autres musiciens un peu moins spécialistes tels Ernesto Gatel ou "El Goyo" Hernández.
Ensuite, une sonothèque de plus de 100 cds de musique yoruba de Cuba, dont de nombreux enregistrements "de terrain".
Enfin, une compilation personnelle de plus de 1200 chants yoruba, avec de nombreuses versions pour chaque chant.
Tout ceci ayant été dit afin d'éviter le doute sur notre capacité de jugement sur un terrain aussi spécifique que les mélodies des chants yoruba de Cuba, que certains considéreront "non-standardisées".

Car pour nous ici, dans les ouvrages d'Adrian Coburg, certaines mélodies ne sont pas tout-à-fait exactes.
Commençons par les exemples cités dans les extraits de la méthode reproduits plus haut:
Dans le cas du second chant pour Eleguá ("Igbara Ago"), sur les syllabes "E-le-gba E-chú Lo-na" les notes ne sont pas conformes à la tradition, car pour nous il ne s'agit pas de: "sol-la-la-mi-sol-sol-sol" mais plutôt de: "si-si-la-la-sol-sol-sol" ou à la rigueur de: "si-si-la-mi-sol-sol-sol".
Nous avons recopiés l'essentiel de ces transcriptions dans un logiciel d'édition de partitions pilotant un module midi, en veillant à bien respecter l'armure et l'exactitude des notes, afin d'être ceratin de bien entendre le résultat sonore pour ne pas faire de faux jugement.

(Okantomi sur YouTube - akpwón: Adrian Coburg)


Afin de chercher également à comprendre quelle était exactement la nature de l'erreur commise, nous avons visionné les vidéos se trouvant sur YouTube du groupe Okantomi, dans lesquels l'akpwón est Adrian Coburg. Or, c'est bien la mélodie qu'il a transcrite qu'il chante, et qu'il fait chanter par le choeur. Il ne s'agit donc pas d'une faute de transcription, mais bien d'une méprise sur la mélodie elle-même.
Beaucoup nous diront alors: "mais il ne s'agit que de trois notes sur une page entière…". Bien.
Mais, s'il y a en tout quatre notes sont pour nous inexactes dans cette page qui en comporte 112 (ce qui nous donne un taux de 3,57% d'erreur, ce qui est relativement négligeable), là où le bât blesse, c'est que sur les pages suivantes on retrouve un taux de notes inexactes plus élevé. Sur la page 2, si le chant "Agongo Ago" est correctement transcrit, ce n'est pas le cas du chant "Ago Lona fúrawa" (52 notes inexactes), ce qui nous fait 52 notes inexactes sur 100 (tout rond), soit 52% d'errreur. Sur la troisième page, les chants sont "Oya Oya Oya" et "Ishon Shon Abe". On y trouve, toujours selon nous, sur 98 notes, 19 notes incorrectes, soit 19,38% d'erreur. Sur la quatrième page, qui contient les chants "Eshu O", "Ago Elegba Bukenke" et "Abukenke", nous trouvons 27 notes inexactes sur 88 notes, soit 30,68% d'erreur. Sur les quatre pages, qui représentent la totalité des chants pour Eleguá proposés ici, nous avons donc 25,62% d'erreur, soit environ une note sur quatre.
Sur les deux derniers chants, et alors que pour nous il n'y en a pas lieu, la tonalité change, sans raison apparente, de Sol majeur à Do majeur, (pour nous elle passe plutôt en Fa majeur: Julio Dávalos ayant plus certainement "baissé" de ton que changé pour une tonalité autre).

À l'écoute des extraits audio qui sont sur le site iyalodde.ch, il est impossible de juger des qualités de chanteur de Julio Davalos, tant les extraits sont courts.
En comparant les mélodies des chants figurant dans les prestations du groupe Okan Tomi et les mélodies transcrites dans les autres volumes ("Rezos" et "Cantos Especiales" vol.1 et 2), on se rend compte qu'il n'y a aucune différence entre elles. Coburg se conforme donc bien aux mélodies qu'il a transcrites. Or elles sont elles-aussi (en partie) inexactes.

(Okantomi: rezo a Eleguá et Tere Mina Tere)


Pour étayer notre raisonnement, nous avons analysé les mélodies suivantes chantées dans les vidéos du groupe: pour Eleguá (rezo a Eleguá, Tere Mina Tere, et pour Ogún (rezo a Ogún, Ogúndere Arere et Sara ikokó Ogún dé), et effectivement, la plupart du temps, là où pour nous il y a erreur, Coburg chante ce qu'il a trancrit.
Que dire de plus? Nous avons exprimé notre avis en essayant d'être le plus objectif possible. La faute n'est pas d'une énorme gravité, mais le danger d'enseigner l'erreur est bien là. La meilleure preuve en est que le groupe Okantomi chante des mélodies partiellement inexactes.

(Okantomi: rezo a Ogún, Ogundere et
Sara Ikokó Ogundé)


Un troisième critère de qualité nous apparaît essentiel dans cet ouvrage, il s'agit du choix du répertoire chants et des toques qui les accompagnent. Plus le répertoire d'un Oricha est étendu, moins l'emploi de tel ou tel chant est obligatoire. On ne peut donc quasiment jamais dire que tel chant manque car il est obligatoire, sauf dans le cas d'un Oricha au répertoire peu étendu. On peut par contre regretter une trop grande quantité de chants, ou au contraire un nombre trop limité.
Dans quelques cas seulement, malheureusement, le toque est intégralement transcrit parallèlement au chant (seulement la partie d'iyá, ce qui est l'essentiel). Nous aurions aimé voir ces rares cas devenir systématiques.

Nous avons déjà suffisamment parlé plus haut du cas d'Eleguá.

Ogún (2 chants): le rezo a Ogún n'est pas transcrit. Il est vrai qu'il n'a aucune place obligatoire dans l'oro cantado. 2 chants sont suffisants (1 aurait suffi), mais c'est peu, par rapport à Eleguá qui en compte 10. L'emploi du chant "Sara Ikokó" dans l'oro cantado rappelle Felipe Alfonso. Le toque indiqué est Chachalokafun. Ñongo aurait également convenu.
Ochosi (4 chants). Sous un seul titre sur la page d'Ochosi, comme dans la table des matières, Coburg en regroupe (pour nous) quatre: "Ochosi Ayilodda", "Yire Yire", "Yambeleke Iwuoro" et "Iwuara Ode Fa". Là aussi d'autres chants étaient possibles, après "Ochosi Ayilodda"et après "Iwuara Ode Fa".
Inle (5 chants). Cet Oricha, dont le répertoire est peu étendu, est ici relativement bien "servi". Sur les deux derniers chants le toque (Ñongo) peut à notre avis se transformer en Chachalokafun.
Babalú Ayé (5 chants). Lui aussi est bien représenté, avec 5 chants sur 2 toques.
Osáin (4 chants): ("Mariwo Osain", "Ewé masiboroyu", "Mamura Mofiyen" et "Borotitlawa". (il s'est glissé une erreur dans la table des matières où l'on a oublié "Mamura Mofiyen". On peut également jouer la 3e vuelta dès le premier chant, et la 4e dès l'avant-dernier chant.
Dadá (2 chants): Un seul chant annoncé ici, pourtant ils sont bien deux ("Omolowuo Dadá" et "Dadá ma sokuma").
"Toreunkotó" ("Korinkotó" ou "Oke") (2 chants): "Toreunkoto mi Lodo", et "Malamalade"
Dans le cas de cet Oricha la langue nous paraît moins conforme, et surtout un chant est à l'envers dans le clave (à la fin du premier chant, quand on dit: "Oloyú Loyú re o - Oloyú Korinkoto".
Agayú est assez mal représenté, par rapport aux autres Orichas, avec seulement deux chants ("Sororo" et "Mai Mai Mai").
Changó est normalement représenté avec "Wemilere", "Emiso", "Moni jere miye" et "Oba tó", soit 4 chants et non pas deux comme annoncé. Un détail cocasse est à relever, puisque dans le chant "Moni jere miye", dans lequel on énumère toutes les nourritures de Changó, si on trouve bien les habituels amalá (plat à base de farine de maïs), oguede (des bananes plantain), a(g)bo (le mouton), akukó (le coq), on découvre que Changó mange aussi "Obbini", soit… des femmes. Effectivement, on peut argumenter par le fait qu'il soit un grand "consommateur" de femmes. Je ne sais si l'allusion est très flatteuse pour le genre féminin.
Obatalá (3 chants) est représenté par une partie de son "tratao' de Baba Fururú", avec seulement trois chants. Il est vrai que les séquences sont son longues qu'il suffit de les répéter une ou deux fois chacune d'entre elles. La fin du chant "Enu Aye" n'est pas transcrite, mais le chant peut de diviser, sur sa fin, en une séquence plus courte (Serere, serere o / gbogbo la iñá se rere).
Oricha Oko (2 chants) est normalementl représenté ("Orisha Oko Oggun Fereweye" et "Bi Ayo), mais une transcription supplémentaire de tambour est présente, afin de placer correctement la conversation du toque (Dadá wo le nche) avec le "vire" du chant.
Ibeyi sont bien représentés, avec 5 chants, ("Omo bikú" (Kere-kere nya), "Beyila Omo Edun", "Beyila" (vire du précédent), dont le premier est transcrit selon une clave… à une mesure, avant un chant lent transcrit selon une clave en deux mesures - or aucune vitesse n'est précisée, ni aucun changement de tempo: danger de confusion…
Obba (7 chants) est très bien représentée, avec un "traité" dont une version nous était déjà connue de Felipe Alfonso. De plus, l'évolution du toque est intégrale transcrite avec les différentes "vueltas" du toque à jouer avec les différents chants (ce qui aurait été idéal pour tous les chants du recueil. Par contre, le départ du toque sur le ou les premiers chants n'est pas transcrit.
Yewá (2 chants) est normalement représenté.
Oyá est moyennement bien représentée, avec deux chants, donnés ici pour un seul. Le toque pour accompagner le chant est ici "Oyamb'Ikú", bien qu'il soit précisé qu'on puisse également utiliser le "Tui-tui" de Oyá.
Yemayá est très bien représentée, avec 6 chants et 4 toques. La place du chant "Bara ago ago" est étrange, coincé entre "Sokutaniwo" et "Oda Asesú / Oni Yemayá", qui habituellement se suivent. Mais nous trouvons ce fait intéressant.
Orula est normalement représenté, avec une séquence habituelle de 4 chants, dont le dernier est souvent également le premier (Yokobi Oko Bi). Une transcription du toque est présente tout au long de ce traité, comme pour Obba.
Ochún est très (trop) bien représentée avec 7 chants pour 3 toques; une première partie avec le toque Yakota ("Yeyé Bi o Bi Osuo", "Ouro Wuene" - et non pas "Weñe" - "Ewue Mile" - avec la transcription du "vire" de Yakota), et une seconde avec le toque Wolenche a Dadá: "Itewerewere", "Ala ile ile Wua" (-lere wua), et "Mokosun". L'une des deux parties aurait été suffisante. Le choeur ne reprend jamais "la longue phrase" de l'akpwón sur le premier chant, curieusement. Une transcription de la manière de placer la conversation du toque à Dadá avec le 6e chant est présente. La quantité de transcriptions des toques est presque complète.
Oduduá est normalement représenté avec un chant, reproduit sur 3 pages, avec une transcription du toque presque complète.

Les places les plus étonnantes dans l'ordre de cet oro seco sont celles de Oricha Oko et Ibeyí, entre Obatalá et les Orichas féminins. Nous trouvons plus souvent Oricha Oko avec les autres Orichas travaillant avec les plantes, sinon avec la maladie (Babalú Ayé et Osáin) et Ibeyí au sein de la "famille de Changó" (avec Dadá et Agayú).
La rélégation d'Oduduá à la fin est une version souvent constatée, bien qu'il soit également courant de le placer après Obatalá.

Si l'on considère maintenant que:
-d'un côté que les textes des chants, les rythmes des chants et que les indications de démarrages des toques, ainsi qu'une certaine quantité des toques sont correctement transcrits,
-mais que d'un autre côté 25% des notes (encore faudrait-il approfondir nos vérifications) sont non-conformes à la tradition, on peut quand même considérer cet ouvrage "Oru Cantado" comme bien utile et remarquablement bien réalisé.
Afin limiter la marge d'erreur, il vaudra quand même mieux acheter le cd correspondant aux transcriptions, dans le but de juger d'avantage en fonction des mélodies chantées par Julio Dávalos.
Vu le nombre de nouvelles éditions de ses ouvrages, nous ne croyons pas Adrian Coburg être un homme refusant de reconnaître des erreurs. Espérons que des corrections seront effectuées.
Le recueil est quand même très (trop) condensé, ce qui n'est pas facile à réaliser, car on a des transcriptions de chant, des ééléments des toques, et un oro cantado complet, de 78 chants en 40 pages seulement.

-On peut commander tous ces volumes sur le site de Coburg, iyalodde.ch, ICI, le volume "Oru Cantado - Cantos Yoruba y Arara" y étant vendu au prix de 35€ (plus 10€ de frais de port). Sur le plan international les distributeurs ne se sont pas trompés sur sa qualité, puisqu'on peut trouver la plupart de ses transcriptions sur des sites spécialisés parmis les plus sérieux tels:
-Descarga.com ICI, (USA - 35$ plus port), qui propose le "pack" des 13 ouvrages de Coburg pour… 474$98 (plus le prix du port qui doit être conséquent, puisque leur "shipping value" est de 56!), et
-One Voice Music, ICI, (UK - 23£49 + port).
-Le premier cd, lui, est vendu 30€ (plus 10€ de frais de port) sur iyalodde.ch, mais seulement 19£95, environ 26€ (plus port) sur One Voice Music ICI.

samedi 19 janvier 2008

Les Méthodes de Tambours Batá: numéro huit - Jacky Desveronnières

"Apprentissage des Tambours Bata vol.1"
par Jacky Desveronnières



Média: Partitions et 2 cds
Langues: Français, Espagnol et Anglais
Note: 02/20
Édition: Autoproduit 200?
Distribution: ID Music, Courbevoie

Avec ce nouvel article nous attaquons le bas du classement de nos méthodes. Difficile de mettre un note plus basse à cet ouvrage, bien qu'il me souvienne que ma professeur de français mettait des zéros aux plagiaires, ou, à ceux qui rendaient des dissertations pitoyables un ou deux points, "pour l'encre et le papier".
Car c'est bien de plagiat qu'il s'agit ici, la preuve en sera facilement faite plus loin. Cette méthode est celle de nombreux paradoxes, tant il est vrai que l'individu appose au bas de chaque page… son copyright (sic).

(photo: Audrey Gerrini)


Si l'on en croit son cv à la page 101 de cet ouvrage, Jacky "Yaki" Desveronnières, (dont le nom apparaît donc 128 fois en 103 pages, partitions comprises), né en Vendée, n'en est pas à son premier ouvrage pédagogique. Certains affirment que son unique séjour à Cuba n'aurait été que de 15 jours, lors d'un stage à la ENA organisé par l'Association Yemayá de Toulouse et non d'un mois, comme il l'affirme dans une récente interview publiée sur le site de Salsafrance. Pas moyen pourtant de savoir à la lecture de son ouvrage comment ni avec qui il a étudié le tambour batá.

Points positifs:

Nous avons beau chercher, nous n'en trouvons pas beaucoup. La plupart des percussionnistes français apprécieront le fait d'avoir à leur disposition un ouvrage dans leur langue natale, (c'est d'ailleurs le seul), s'il n'était à ce point entâché d'erreurs et de fautes… de français. Le fait d'avoir là un ouvrage en plusieurs langues est certes très positif, mais le problème est là encore que les traductions sont très approximatives. On peut d'ailleurs se demander pourquoi Jacky Desveronnières qui assure à la fois l'édition, la production, la mise en page, les enregistrements et le mixage de son ouvrage a soudain besoin d'un traducteur pour traduire (si mal) de l'espagnol en français, alors qu'il est censé être un spécialiste de Cuba.
Les enregistrements figurant sur les deux cds pourront être utiles si on les ralentit, car bien souvent les toques sont joués trop vite, et au métronome!! On pourra alors se servir des pistes où sont enregistrés okónkolo et itótele pour jouer iyá, si on les "remet en boucle" à l'aide d'un éditeur de son, car les fichiers audio sont très courts (parfois douze à quinze secondes, parfois à peine plus d'une minute).

Points négatifs:

Dans cette méthode on a malheureusement un florilège des fautes à ne pas faire quand… on publie une méthode: on y trouve des fautes d'orthographe, de style, de mise en page, de traduction, des erreurs de toutes sortes dans tous les domaines: mythologie yoruba, technique de frappe, nomenclature, graphie aléatoire des noms propres, etc…, jusqu'au plagiat qui est une faute très grave, surtout quand on édite un ouvrage à son propre compte. Mais, comme nous le disait Natalia Bolivar en voyage en France récemment: "il ne sera ni le premier, ni le dernier à le faire". Il profite en cela du fait que peu d'auteurs cubains sont capables de se défendre, du fait de la complexité du problème des droits d'auteurs entre Cuba et le reste du Monde, coincés entre l'embargo américain et l'attitude du gouvernement cubain face aux problèmes d'édition à l'étranger. La situation qui changera peut-être un jour, quand tous les plagiaires d'oeuvres intellectuelles cubaines se feront rattrapper par la justice, ce qui pourrait gonfler considérablement le montant des dommages et intérêts, vu le temps écoulé depuis la parution de l'ouvrage.

À propos de la préface:

C'est dans cette préface de cet ouvrage que le bât blesse le plus, dans laquelle un auteur que nous préfèrerons appeller EC, a écrit environ quatre pages de préface en espagnol, traduites en deux langues (français puis anglais). Dans ces quatre pages, si l'on excepte les quelques phrases mises entre guillemets de la préface (citant parfois on ne sait qui, d'ailleurs…), nous n'avons trouvé que cinq phrases qui ne proviendraient pas d'un livre déjà édité ou d'un site internet. Pour vérifier nos dires nous avons employé une méthode très simple: nous avons tapé des morceaux de phrases censés avoir été écrits par monsieur EC dans le moteur de recherche de Google et nous sommes tombés d'emblée sur les sites d'où provenaient les phrases en question, dont certaines, nous l'allons voir, proviennent des ouvrages de Natalia Bolivar Aróstegui, largement plagiés.

Il serait fastidieux de citer ici toutes les phrases plagiées, mais il nous faut quand même bien ici prouver nos dires. Nous allons donc ici énumérer tous les sites et ouvrages plagiés par un seul exemple pour chacun d'entre eux (nous avons volontairememt laissé le texte intégral de la méthode avec ses fautes de majuscules, d'orthographe ou d'accord):

1°- Les phrases: "La música producida por los instrumentos de percusión es una de las mas antiguas. Los pueblos africanos dieron nacimiento a los primeros tambores, elaborados con madera y pieles de animales, principalmente de cabra o de chivo. Pero el tambor ha estado presente en diferentes pueblos y en muchos casos en épocas simultáneas en Asia, (En el Japón, los tambores "Taiko"), En la India (las tablas hindúes), en Europa, Arabia y Egipto (los tambores "doumbek" o "darboukas"), etc…" proviennent directement du site "drumrhythms.com" et sont visibles ICI.

2°- La phrase: "La música tradicional está basada en las canciones de los jalis o griots, que es la forma musical de los tiempos imperiales de Mali" a été copiée sur un site de tourisme en langue espagnole, EPM Visión Mundial, visible uniquement en cache ICI.

3°- La phrase: "Vudú, Santería, Candomblé, Macumba, Umbanda y Africanismo son las denominaciones empleadas para referirse a las cosmogonías, los cultos y los rituales, que tienen origen en las religiones animistas africanas, (…)" provient du site "Muevamueva.com" comme on peut le constater ICI.

4°- La phrase: "Los tambores batá y su música han sobrevivido mas de 500 años, viajando desde Nigeria hasta Cuba (…)" ainsi que les 13 phrases qui suivent dans la méthode de Yaki ont été intégralement copiées sur le site "Ileokan.com" qui porte aujourd'hui le nom de "Cecta.net", et elles sont visibles ICI.

5°- Les phrases: "Fernando Ortiz Fernández nació el 16 de julio de 1881 y falleció el 10 de abril de 1969 en La Habana, Cuba. Es considerado como una de las figuras científicas de mayor trancendencia de Cuba y América Latina", ainsi que les deux phrases qui suivent ont été copiées sur le site de la Fondation Fernando Ortiz, et sont visibles ICI.

6°- La phrase: "La influencia del grupo etnicocultural Yoruba a través de su religión, su panteón de deidades u orishas sigue siendo vivo e influyente, y ha despertado un vivo interés entre los estudiosos de la música cubana", ainsi que les huit phrases suivantes ont été copiées sur le site "Conexión Cubana.net", visible ICI.

7°- Les phrases: “Aggayu Solá: Orisha de la tierra seca, del desierto. Patrón de los caminantes, de los automovilistas, de los aviadores y de los estibadores. Patrón de la ciudad de La Habana.” sont directement tirées de l'ouvrage de Natalia Bolivar “Cuba: Imágenes de un Mundo Mágico” (Editions UNEAC, Habana, Cuba).
Il est important de comprendre ici que le plagiat est triple, puisque Natalia Bolivar, outre l'ouvrage ci-dessus, a écrit deux autres livres dans lesquels elle reprend plus ou moins les mêmes phrases:
-“Los Orichas en Cuba”, Editions Pm Habana, Cuba, et
-“Oricha Ayé, Unidad Mítica del Caribe al Brasil”, Editions Pontón, Guadalajara, Espagne, co-écrit avec Valentina Potts.
En tout ce sont 61 phrases qui sont tirées de ces trois ouvrages. Certaines de ces 61 phrases sont reprises dans les trois ouvrages: incroyable. En fait, EC n'est pas même conscient de son plagiat envers Bolivar, puisqu'il a pris toutes ces phrases sur le site Conexioncubana.net. Il existe encore une bonne vingtaine de phrases ne figurant pas dans les ouvrages de Bolivar qui proviennent de ce site. C'est dire le degré d'ignorance de monsieur EC des ouvrages de cet auteur, pourtant majeur, tout au moins sur ce sujet.

8° À propos d'Ochún, les phrases: "Posee virtudes curativas que practica a través de sus aguas y la miel, de quien es la dueña. Los colores de Ochún son oro y amarillo; su número es el 5. (…) Ama las fiestas y los bailes, las joyas y los adornos, (…) sobre todo de oro." sont largement inspirées du site de la Sociedad Yoruba de Mexico, site qui n'existe plus depuis le 24 décembre 2006.

9° À propos de Babalú Ayé, les phrases: "Medio-hermano de Changó. Tiene el aspecto de un invalido, minado por un mal deformante, de piernas retorcidas y espinazo doblado. Es el dueño de las epidemias y de las enfermedades"; proviennent toutes du site "cubayoruba.cult.cu" et peuvent être vues ICI.

et enfin;
10° À propos de Yemayá, les phrases: "Yemayá es la Reina de le creatividad y de la naturaleza. (…) No obstante Yemayá es la preferida por ser diligente, conciliadora y comprensiva con sus hijos"; peuvent être trouvées sur différents sites, notamment sur "Ashe Ire To Eggun" qui est visible ICI.

Parfois quelques mots ont été changés, parfois le copier-coller est intégral, et les traductions fantaisistes, comme dans la biographie de Fernando Ortiz (figurant sur le site cité plus haut), et dans laquelle on a omis de corriger un détail. En effet, on y dit: "Su aporte a la cultura cubana e iberoamericana constituyó un imperecedero legado para el patrimonio de nuestro continente”. Or cette phrase, écrite par un Cubain, qui parle bien évidemment du continent américain, devient en français “Son apport à la culture cubaine et ibéroaméricaine a constitué un inestimable héritage pour le patrimoine de notre continent”, c’est-à-dire ici l’Europe!!! Même chose en anglais: “a priceless heritage for our continent”. J'ignorais que l’oeuvre d’Ortiz avait été si importante pour le continent européen. Ce sont ici des Français qui l'affirment.

À propos du reste de la partie "texte" de l'ouvrage:

Encore une fois dans tous les domaines, les fautes sont si nombreuses qu'il serait fastidieux de les énumérer ici. Il en existe dans tous les domaines: mise en page, fautes d'orthographe, de style, de traduction, affirmations non-vérifiées, etc…
Yaki - dont les compétences ne sont pas encore ici mises en doute - n'a visiblement pas su s'entourer de personnes connaissant le sujet.
Certains titres se retrouvent en bas de page alors que le chapitre correspondant commence sur la page suivante.
Certaines erreurs de traductions sont révélatrices:
À propos d'Ogún, il est précisé en espagnol qu'il porte "un cinto con fibras de palma" (son pagne ou "mariwó", qui devient en français un "bandeau constitué de fibres de palme", puis en anglais "a headband consisting of palm fibres" (sic), et atterrit donc finalement… sur sa tête!!
Citons encore:
-“Obba s’est coupé les oreilles pour apaiser l’apétit de Changó” (méconnaissance des patakíes).
-"cependant, à une époque, l’épaisseur des montagnes empêchaient Ochosi d’atteindre ses proies" (mauvaise traduction du mot espagnol "monte" par "montagnes").
-“Ochún possède des vertus curatives" (sic).
-“ la Vierge de la Regla” (pour la Vierge de Regla).
-“Sainte Barbara est la sainte catholique qui lui correspond” (au lieu de Sainte Barbe).
-etc, etc…

Certains éléments fondamentaux et que nous jugeons indsipensables dans un tel ouvrage font cruellement défaut: en effet il n'est fait nulle part mention ni de la clave, ni d'Añá, ni du chaworo, ni d'aucun joueur de batá, ni de Matanzas, ni du güiro, ni du bembé, ni d'aucun autre style afro-cubain, ni de Dadá, ni d'Obaloke, ni de la transe de possession, ni des initiations, ni même du Wemilere, tant il est vrai que pour Yaki les cérémonies ne comportent que: oro seco, oro cantado et cierre. Il est vrai qu'ainsi on économise deux bonnes heures de cérémonie…

Jacky Desveronnières dit, dans une interview récente sur le site "Salsafrance", qu'il a "commencé à pratiquer les rythmes de salutations des tambours Bata avec l'ouvrage de John Amira: The Music of Santeria" (chroniqué ici plus haut). Ce qu'il oublie de dire, c'est qu'il s'est visiblement plus qu'inspiré de cet ouvrage pour compose le sien. En effet, outre l'utilisation est ici systématique des mêmes termes (anglais) que chez Amira: "entrance", "section", "entrance to section" et "return to section", le plan intégral du livre français suit exactement celui de l'américain:
chez Yaki: Présentation (chez Amira: Introduction), puis:
-Origine (Historical Background);
-Le Contexte Religieux (The Religious Context);
-Les Orichas (présentés en préface par EC)
-Description (The Instrumental Ensemble);
-Rôle Musical (Musical Structure);
-Techniques (Playing Technique), partie qui contient les photos concernant chaque frappe, de la même manière que dans l’ouvrage américain, et
-Une partie sans titre (correspondant au chapitre « Transcription and Analysis » d’Amira) avec un paragraphe donnant des indications de jeu sur chaque toque, située après les transcriptions, alors qu’elle est placée avant dans l’ouvrage de John Amira & Steven Cornelius.

Il semble bien également que beaucoup de phrases signées de la main de Yaki soient purement et simplement des traductions du livre américain, représentant en tout près de 70 lignes, soit presque la moitié de ce que Desveronnières a signé de son nom.
Citons:

(YaKi page 4:) “L’étude de ces rythmes étant de tradition orale, il n’existe pas de façon académique de les exécuter. En effet, chaque ensemble de tambours Bata respecte les modèles de base traditionnels et développe par la suite son propre style de jeu et sa propre esthétique rythmique. Ils sont ainsi sous le coup d’une évolution constante".
(John Amira p.6:) “There is no single correct way to play tha batá salutes. Batá drumming is an oral tradition. (…) they are also undergoing constant transformation, and altough every authentic performance must conform to basic traditionnal models, each ensemble will develop its own individual performance style and rythmic feel.”

(YaKi page 23:) “b-Le contexte religieux: La religion traditionnelle Yoruba est construite sur un système de pensée qui relie dieu tout puissant à l’homme sur terre par le biais des orishas. (…) Ceux qui pratiquent cette religion utilisent les Tambours batas pour converser avec les dieux et les honorer.”
(John Amira, Chapter One “Historical Background” p.9:) “The Religious Context: Traditional Yoruba religion is constructed upon a hierachical, pantheistic system of thought which stretches from God Almighty in the most rarified heaven to man on earth (…). Religious practioners use music and various types of prayers to communicate with and praise the orishas.”

(YaKi page 26:) “d- rôle musical: Chaque tambour bata a un rôle musical bien distinct au sein de l’ensemble. L’okonkolo est le gardien du tempo. Il accompagne presque toujours les deux autres en ostinatos. (de nouveau YaKi page 32:) Ce tambour, qui presque toujours accompagne les deux autres en ostinatos (…) (page 26:) …a la particularité d’avoir peu de variations. L’itotele (…} se doit d’être à l’écoute de l’Iya et de converser avec celui-ci. Il doit reconnaître parfaitement les appels de l’Iya pour les rentrées, les conversations, les changements de section et les fins. L’Iya (symbolisé par la mère), (…) est le leader de l’ensemble. Ces (sic) cellules rythmiques sont plus complexes. C’est lui qui détermine la personnalité musicale du Trio. Il se doit de construire son jeu de façon créative tout en respectant l’ensemble des rythmes de salutations”.
(John Amira, Chapter Three “Musical Structure” p.25 et Chapter Two “Construction” p.17:)
“Instrumental Roles (p.25): Each drum has its own particular ensemble function and idiomatic rhythmic structures. The okónkolo is the time keeper (is generally confined to rythmic ostinatos - p.17)” and show the least amount of variation. (…) (p.26) the itótele player must understand iyá calls for beginnings, endings and section changes (as well as regular conversations with the iyá - p.17). However, itótele must also recognize and respond to calls for conversations. (…) Iyá (mother drum - p.17) rhythmic patterns are longer and more complex (…). The iyá player is responsible for the big picture. He must creatively build his performance from correct musical standards…”

On pourrait citer de trop nombreux autres exemples. Mais, me direz-vous, et c'est un autre paradoxe de cet ouvrage, dans ce cas pourquoi re-traduire ces lignes de français en anglais - et surtout pourquoi faire appel pour cela à un traducteur? Une hypothèse s'offre à nous: Yaki n'est sans doute pas l'auteur de la première traduction, de l'anglais vers le français.
Il est vrai que les phrases dont - nous le supposons - il est réellement l'auteur sont de haute volée (quand elles ne sont pas entâchées de fautes d'orthographe):
-“La conversation 2 est jouée seulement deux fois pour introduire la section et aussi pour terminer la partition” (sic).
-“Pour la peau Chacha, on distingue le claqué.” (??)
-“La fin se termine donc par les deux Cha cha et les deux Enús de l’Iya et de l’Itotele de la dernière mesure de la conversation.” (!!)
-“Celle-ci est alors jouée qu’une fois pour introduire l’entrance section 4.” (!!!)

La manière d'orthographier certains noms spécifiques est aléatoire, et prouve la diversité des sources: iyá, Iya, Iyá, Okonkolo, Okónkolo, Itotele, Itótele, Chacha, Cha Cha, Enu, Enú, Bata, batá, batas, batás… On cite 18 divinités dans la méthode, mais on y trouve 51 manières d'othographier leur nom. Le nom d'Eleguá possède ici quatre variantes: "Elegua" (p.4, p.13, p.35 et p.90), Eleggua (p.23), Elegguá (p.7, p.12, p.13 et p.17) et Elegguà (p.96). Pourquoi n'a-t-on pas ici au moins pris la peine d'unifier un tant soit peu la graphie des noms, afin de camoufler le plagiat de sources si diverses? Quel degré de considération peut-on attendre en tant que lecteur - et pire: en tant qu'auteur plagié - de personnes agissant ainsi, en un mot: pour qui nous prend-on ici?

La bibliographie et la discographie présentes à la fin de l'ouvrage ont été entièrement copiées-collées sur le site "Afrocubandanse" de la danseuse Dominique Gombert, (ICI et ICI), sans même prendre conscience qu'on avait fait des erreurs dans la manipulation la souris, car:
si pour le premier ouvrage ont a bien cité l'éditeur,
-Lydia Cabrera "El Monte", Editorial Letras Cubanas
on ne le cite plus pour les suivants, mais on reproduit allègrement les mêmes fautes d'orthographe que sur le site:
-Lydia Cabrera "Anagò, vocabulario Lucumì"
-Fernando Ortiz "Los Bailes y et Teatro de los Negros en el Folklore de Cuba Cubanas" (on a ici oublié d'enlever la fin du nom de l'éditeur, Ed. Letras Cubanas).
(Suivent deux noms d'ouvrages non-plagiés, avec une faute d'orthographe chacun, puis on cite encore:)
-John Amira & Steven Cornelius "The Music of Santerìa, Traditional R(h)ythms of the Bata Drums"
-Natalia Bolivar Aròstegui ""Cuba- Imàgenes y Relatos de un Mundo Màgico"
-John Mason "Orin Orìsà…, Songs for selected heads".

Non-content de mépriser les règles les plus élémentaires de savoir-vivre (aucune permission n'a été demandée, aucun remerciement n'a été fourni), on démontre ici que l'on ne sait pas même se servir correctement de la souris d'un ordinateur!!, et on se moque bien du sens des accents. De plus, la présence des ouvrages plagiés par EC dans la discographie de Yaki prouve soit l'ignorance du contenu de ces mêmes ouvrages, soit qu'on se moque du risque de plagiat (puisqu'on y cite bien le livre d'Amira): incompréhensible…

Même chose pour la discographie, les noms des albums d'Abbilona sont strictement orthographiés de la même façon:
-Abbilona, tambor Yoruba vol. 1 Elegguà-Oggùn-Ochosi (Cuba)
(même absence de guillemets cette fois, même espace entre "vol." et "1" uniquement pour le volume 1: cette fois le doute n'est plus permis).
Même erreur de numérotation pour l'album "Oricha Oko y Otros": "vol. 6" au lieu de "vol.8"…
Les noms des albums de Lázaro Ros sont également tous orthographiés comme suit:
-Làzaro Ros "Olorùn 1".
On trouve encore:
-Papo Angarica "Fudamento Yoruba" (même absence de "n").
-Merceditas Valdès "Ache" (au lieu de "Aché").
-etc, etc…

À propos des techniques de jeu:

Un seul élément nous pose problème ici, comme chez d'autres joueurs de batá (cf. Amira), nous l'avons vu plus haut: il s'agit de la technique utilisée pour jouer le son "abierto" et le son "presionado" sur l'enú d'iyá, qui sont différentes. Or si d'après nous l'endroit pour éxécuter correctement ces sons n'est pas tout-à-fait le même, il doivent tous deux bel et bien se jouer au même endroit, et ce n'est pas le cas ici:

Iyá, Son ouvert (Photo: Audrey Guerrini)


Iyá, Son presionado (Photo: Audrey Guerrini)


Or il n'existe aucune raison pour les jouer à deux endroits différents, sinon le désir d'utiliser la même technique que pour itótele, ce qui pour nous constitue une erreur.

À propos des transcriptions:

La méthode “Apprentissage des tambours batá, volume 1” de Jacky “YaKi” Desveronnières comporte 51 pages de transcriptions et deux cds représentant plus de deux heures et demi d’enregistrement (76.08 mn et 77.43 mn). Cet ensemble de matière graphique et audio a été produit dans le but d’étudier et de transcrire la moitié d’une pièce de musique qui traditionnellement dure entre 20 et 35 minutes maximum, c’est-à-dire entre 10 et 18 minutes de musique. Nous essaierons de vérifier maintenant si le but défini ci-devant a été atteint ou non.
La partie du livre dédiée aux transcriptions des “toques” de tambours batá (nom qui n’est jamais employé par YaKi, alors que c’est bien ainsi que l’on nomme les rythmes joués par ces tambours) est divisée en deux parties.
La première partie (31 pages) est dédiée aux “transcriptions détaillées”, illustrées par les deux cds.
La seconde partie (20 pages) est dédiée aux “transcriptions” dans leur “enchaînement complet”. Ces dernières ne sont pas, curieusement et malheureusement illustrées par les cds.
Nous allons ici tenter d’appliquer à cette méthode une critique objective (épreuve difficile s’il en est, au vu des pratiques dénoncées plus haut):
- en respectant la particularité du style de jeu, si différent qu’il soit des styles que nous connaissons. Afin d’assurer nos dires, nous avons ré-écouté tous les orú secos dont nous disposons, dans tous les styles havanais (soit une vingtaine d’enregistrements, dont beaucoup réalisés avec autorisation des musiciens en contexte de cérémonie).
- en ne dénonçant que les libertés prises avec ce que nous considérons comme incontournable.
Nous allons devoir ici, par souci de clarté (mais à regret), employer les mêmes termes anglais que YaKi de “Entrance”, “Section”, “Entrance to Section”, “Return to Section”, qui, nous le savons, proviennent directement de l’ouvrage de John Amira et Steven Cornelius “The Music of Santeria”, Ed. White Cliffs Media. Nous aurions préféré employer à leur place les termes: “Llamada”, “Partie”, “Transition pour la partie”, “Conversation utilisée comme transition à la partie”, et “Retour à la partie”, en plus du nom yoruba utilisé à Cuba pour nommer chaque toque ou partie d’un toque.
Nous préférerons utiliser le terme de “presionado” à la place de “tapao’ ” pour qualifier le son obtenu en pressant la main contre la peau enú, car “tapao’ ” (“tapado”) signifie “claqué” en espagnol.

En tenant compte de ces derniers critères énoncés, il nous paraît malgré tout évident que cette méthode concernant un demi orú seco (la partie la plus facile) souffre de graves lacunes et de problèmes majeurs dans les transcriptions, qui sont notamment:

Problème majeur n°1: l’absence d’enregistrement complet des toques, illustrant la seconde partie des transcriptions, malgré deux cds audio entiers fournis!
Toute personne voulant étudier les toques avec cette méthode n’a à sa disposition aucune référence audio quant à la globalité du toque. Certains “vires” (ou “sections”) ne figurent même pas dans les cds!
L’idée de réaliser des parties séparées, avec un tambour en moins, afin de pouvoir travailler seul avec un cd est une bonne idée. À ceci près qu'il aurait été plus simple de le faire en utilisant la stéréo, avec iyá sur le canal gauche, itótele sur le droit, et okónkolo au milieu. En jouant sur la balance de son équipement audio, chaque musicien aurait donc pu “couper” une piste de tambour et jouer le tambour manquant avec l’enregistrement.
Au lieu de cela, YaKi a réalisé l’idée en proposant des plages différentes, en y ôtant à chaque fois une partie de tambour. Le problème est que la durée de toutes ces différentes pistes a occupé la totalité de deux cds.
Il aurait fallu quand même absolument ici fournir un troisième cd, beaucoup plus essentiel, avec l’intégralité des toques.
Résultat: la plupart des llames de transition et des variations d’iyá ne figurent sur aucun des deux cds!

Problème majeur n°2: la confusion générale qui règne du fait de la séparation des transcriptions en deux parties, de nombreux passages indispensables à la bonne compréhension de l’étude proposée étant absents de la première partie. En effet, YaKi se propose dans la première partie, comme il le dit p.33, “d’étudier les llames”, qu’ils soient d’entrée ou de passage, or ils sont la plupart du temps absents de la première partie ! (Exemples: Eleguá, Ochosi, Osun, Osáin). Comment un néophyte pourra-t’il s’y retrouver, avec en plus la frustration de ne pas pouvoir écouter ni les llames de transition, ni les toques dans leur globalité ?
Les transcriptions de la première partie ne comportent donc aucune transition entre chaque “Section”. Il n’y a nulle part, dans les notes précédant la page 36, de commentaire concernant la façon dont s’enchaînent les différentes “Sections” et “Variations”. Les transcriptions de la deuxième partie (transcriptions globales des toques) ne comportent aucune variation. D’où les nombreux problèmes que doit affronter le débutant travaillant cette méthode. Les cds ne peuvent lui être d’aucun secours avec les nombreux problèmes qu’il rencontrera, puisqu’ils ne comportent aucun toque dans sa globalité.
Nous allons maintenant illustrer ces problèmes par ce qui devrait être un exemple simple, mais qui se transforme rapidement et de manière inattendue en un imbroglio très complexe, voire insoluble:
l’impossibilité d’étudier correctement, illustrée par la simulation suivante: un apprenti-joueur de batá achète la méthode de Yaki et veut étudier “Elegguá”. (N.B.: Dans la partie qui suit, il n’y a de notre part ni invention ni exagération).
Notre apprenti “batalero” prend donc la première partition nommée “Elegua” page 36. Il a éventuellement repéré qu’il existe une seconde partition du même nom page 68, mais il se dit tout naturellement: “commençons par le commencement…”, et suit en cela les conseils de Yaki.
Pour mieux comprendre ce qu’il doit jouer, il revient page 33, et essaie de trouver des informations sur la façon de jouer chaque partie. Là, il lit: “il existe des appels de rentrée (Entrance)”. Il revient page 36 et constate que la première partie écrite se nomme “Entrance”. Jusque là tout va bien.
Il revient page 33 et lit: “Ensuite, (nous trouvons) les appels de passage d’une Section à l’autre qui préviennent les tambourinaires du changement de Section”. Il retourne page 36 où il ne trouve aucune trace de ces fameux “appels de passage” qui devraient se trouver, comme leur nom l’indique, entre deux Sections. Les seules transcriptions figurant entre les deux Sections d’Eleguá se nomment: “Variante Iya” et “Conversation 1”. Bien.
À partir de là, trois options s’offrent à lui:
-Option 1 - Il va directement à la page 68 où il a entrevu une deuxième partition nommée “Elegua”, et là, il trouve effectivement une partie nommée “Entrance to Section 2”, entre une partie qui ne porte aucun nom et la partie nommée “Section 2”. Il s’aperçoit également que cette “Entrance to Section 2” est la même que la partie situé une portée plus haut à une note près, et qui, elle, se nomme “Conversation 1”. Complexité, perplexité, doute: confusion…
Éventuellement, pour obtenir plus d’explications il met le cd n°1 et là non plus il ne trouvera aucune trace de la fameuse “Entrance to Section 2”.
S’il a de la patience, il revient à la table des matières (de laquelle sont absents les numéros de pages correspondant à chaque chapitre !!!) où il ne trouvera nulle autre précision.
S’il a de la chance et du temps devant lui, il feuillette la méthode chapitre par chapitre, et, au bout d’un certain temps, tout à la fin du livre, page 89, il trouvera par hasard une partie non-mentionnée dans la table des matières nommée “Commentaires et analyses relatives aux transcriptions”. Soulagement!
Là, il lit pour toute précision: “La cellule rythmique jouée par Iya pour introduire la Section 2 (Entrance Section 2) est la même que la conversation 1, sauf que le dernier coup sur l'enú n’est pas joué” (Il avait pu s’en apercevoir tout seul auparavant).
À partir de là, il ne sait pas, parce que nulle part ce n’est mentionné, ni dans les transcriptions, ni dans le CD, qu’il doit retourner à la “Section 1” entre les différentes variations d’Iyá !!! Il doit donc le deviner seul.
-Option 2: Après avoir refermé le livre, ne trouvant pas les réponses aux questions qu’il se pose, il contacte Yaki par internet, ou demande des précisons à quelqu’un qui joue déjà des batá. On devra alors lui expliquer qu’on doit après chaque variation retourner à la “Section” précédente. Après explications, il décide de photocopier l'une des deux partitions nommées “Eleguá” et dispose devant lui deux pupitres avec ces deux partitions. Il devra donc naviguer de l’une à l’autre, pour pouvoir jouer dans l’ordre les parties (disséminées) nommées “Entrance”, “Section 1”, “Conversation 1”, “Variantes”, à nouveau “Section 1”, “Entrance to Section 2”, “Section 2”, etc…
Or, il commettra fatalement des erreurs en jouant la partie d’iyá transcrite, car:
1°- il manque des anacrouses en tête des variations de la Section 3. En effet, s’il veut enchaîner (par exemple) la “Section 3” avec la deuxième “Variante Section 3”, il jouera le dernier temps de la Section 3 avec non moins de trois erreurs!! Encore une fois, le cd n°1 ne peut lui être utile car les variations n’y figurent pas. Entendons-nous bien: pour jouer cet enchaînement (“Section 3” et deuxième “Variante Section 3”) il faut remplacer les deux dernières croches de la “Section 3” (un “presionado” et un “ouvert”) par un “ouvert” et un autre “ouvert” joué simultanément avec un “chachá”, tout comme dans le premier temps de la 2e “Variante Iya Section 3” en question. On doit jouer en effet trois fois de suite la figure du premier temps, (dont une fois en anacrouse) et non deux fois comme il est écrit ici !!
2°- il manque une sortie à la fin de chaque variation de la Section 3. En effet, de la même façon, on ne peut enchaîner (comme il est écrit ici) la “Variante Section 3” avec la “Section 3” qu’en remplaçant le dernier temps de la “Variante Section 3” par le dernier temps de la “Section 3”. Notre élève, s’il le joue tel qu’il est écrit, commettra donc à nouveau trois erreurs. Pour corriger ces erreurs il faut rajouter deux mesures de “entrée dans la variation 2 de la Section 3” avant celle-ci et deux mesures de “sortie de la variation 2 de la Section 3” après celle-ci.
Ces informations ne peuvent être trouvées dans les cds joints à la méthode. Ce genre de problème se répète dans beaucoup de transcriptions, et globalement à cause de la séparation des variantes et des “Entrances to Section” en deux chapitres séparées. C.Q.F.D.
-Option 3: Il joue avec des musiciens qui connaissent ce toque. On lui dira, en jouant avec lui, qu’il a appris des erreurs. Renseignements pris, il n’accordera plus aucun crédit à la première partie des transcriptions, et il s’en tiendra à la seconde partie qui ne comporte pas d’erreurs de ce type. Dans le doute, il ne jouera donc plus aucune variation de Elegguá. Il pourra ainsi jeter les CDs audio qui vont avec la méthode, puisqu’ils sont consacrés uniquement à la première partie des transcriptions !!!
De plus, il ne saura comment terminer le toque, car sa fin n’est pas écrite (aucune fin de toque n'est ici écrite pour aucun toque). Elle figure bien sur le CD plage 18 (encore faudra-t-il le deviner tout seul), mais pas plage 19, ni plage 20, ni plage 21, ni dans aucune des deux partitions, ni dans la partie dite “Commentaires et Analyses”!!
Ce ne sont pas là tous les problèmes auxquels sera confronté notre élève. Nous n'allons pourtant pas ici détailler ces problèmes plus avant en reprenant toutes les transcriptions toque par toque, ce qui serait fastidieux.

Problème majeur n°3: l’absence de la clave. La musique yoruba de Cuba obéit à la “clave negra”, aucun joueur de tambour ne peut nier cette évidence! Or il n’est ici jamais ici fait référence à la clave, ni dans la partie des textes, ni dans la partie des transcriptions. On peut choisir comme parti d’écrire cette clave en une seule mesure, mais on se tiendra alors à cette seule idée, et non au parti de l’écrire parfois en une mesure (c'est le cas dans Ogún, Inle et Babalú Ayé 1), parfois en deux (c'est le cas dans Eleguá, Ochosi, Obaloke, Babalú Ayé 2, Osáin, Obatalá, Dadá et Oke). Dans Osáin la clave est décalée d'un temps. Dans Oke elle est à l'envers.

Problème majeur n°4: le tempo. Aucune indication de vitesse n’est jamais donnée ici. Or, le tempo au sein d’un même toque doit évoluer: on pratique généralement en jouant les batá une accélération progressive (parfois, mais plus rarement, on doit jouer également des ralentissements). On utilise également des dédoublement, divisions ou multiplications le tempo par deux. Jamais on n’évoque ici ce problème. Ici, le tempo des cds d’une méthode est toujours plus ou moins fixe et rigide, pour des besoins pratiques. Aucun avertissement ni nuance ne sont donnés ici à ce sujet. Le résultat audio est tout simplement mécanique.
Donner une fourchette de vitesse, du lent vers le rapide est ici quasiment indispensable. Par exemple, dans Ogún, (tel qu’il est écrit par Yaki: une clave représentant une mesure), le tempo de départ peut varier de 88 à 120 à la noire selon les contextes! De plus, on finit généralement avec un tempo plus rapide que celui avec lequel on a commencé. On ne trouve dans cette méthode aucune indication à ce sujet. Le tempo donné ici dans le cd pour Oggún est de 108 à la noire: ce qui est déjà relativement rapide. C’est d’ailleurs généralement un défaut constaté par les musiciens cubains, et souvent dénoncé par eux: “les étrangers jouent les toques de batá trop vite!!” Dans le contexte de l’orú seco, il n’y aucune exigence de vitesse, ni pour la danse, ni pour le chant, aucune contrainte de tempo n’est donc nécessaire. Il est donc important de “prendre son temps” et de bien faire “monter” les tempi.

Problème majeur n°5: la fin et/ou l’enchaînement des toques.
Les toques de l’orú seco s’enchaînent la plupart du temps les uns avec les autres, or il n’en est jamais fait mention ici. Certains joueurs de batá comme Irián López et les Chinitos utilisent toujours les mêmes conventions dans l’orú seco pour passer d’une partie à l’autre ou d’un toque à l’autre. Dans cette première partie de l’orú seco il existe même des toques dont l’enchaînement est systématique (voire obligatoire), et toujours défini de la même façon: Babalú Ayé 1 (Iyankota) & 2 (Bariba Ogué Dema); Dadá (Wolenche) et Oggué. Il n’en est fait nulle mention.
Chaque toque a une fin, tout comme il a un début. Sur les 12 toques figurant dans cette méthode, le seul toque dont la fin est évoquée est Obatalá. Encore faut-il constater de quelle façon. Le systèmes des “onomatopées” “didde, didde…” peuvent être également utilisées pour finir un toque à tout moment. Ces onomatopées jouées par iyá servent à arrêter les deux autres tambours, dans n’importe quelle situation. Cet usage est manifestement ignoré par Yaki.

Problème majeur n°6: les noms que portent les différentes parties des toques et leur classement en catégories.
On confond ici “llame” et “llamada”. La llamada d’un toque est la phrase qui figure en introduction de celui-ci. Un llame est un appel d’iyá pour une conversation et/ou un changement de partie. Outre l’erreur qui consiste ici à appeler l’appel de début de toque “llame” au lieu de “llamada”, Yaki omet de préciser dans son ouvrage qu’il existe deux types de conversations:
-les conversations “liturgiques” ou “fixes”, qui sont immuables, et se jouent toujours avec le même appel d’iyá auquel répondra toujours la même réponse d’itótele, et
-les conversations “libres” dans lesquelles iyá peut “appeler” avec différents appels, auxquels itótele peut “répondre” différentes réponses. Les deux catégories sont ici confondues.
Yaki a pris le parti d’utiliser les mêmes noms de parties que dans la méthode américaine de J.Amira & S.Cornelius (Entrance, Section n°x, Return to Section n°x, Variante n°x). Cette option est très critiquable, car elle est complètement imprécise quant à la fonction de chaque partie, malgré le respect que nous devons à MM. Amira & Cornelius: dans Elegguá “Latopa”, comme dans quelques autres toques, la conversation appelée “Conversation 1” porte un nom obsolète, pour la simple raison qu’elle est la seule conversation existant dans ce toque! Elle est de plus une conversation “liturgique”. Elle aurait donc dû s’appeller: “conversation liturgique unique”.
Une conversation est souvent employée pour introduire une nouvelle partie (ou “Section”): c’est un effet de style considéré comme “embellissement”. C’est ce qui se passe dans Eleguá Latopa: la conversation “unique” est utilisée pour entrer dans la “Section 2” et dans la “Section 3”. Yaki utilise à ces endroits les noms de “Entrance to Section 2” et “Entrance to Section 3”, alors même qu’il suffit de savoir lire la musique pour se rendre compte qu’il s’agit de la même chose! Cette nomenclature, calquée sur Amira, est donc obsolète! Il eut été plus convenable (et bien plus compréhensible pour les débutants) d’utiliser comme nom: “conversation utilisée comme transition”.


Nous avons décelé de nombreux points dans chaque toque avec lesquels nous ne sommes pas d'accord. Ils sont trop nombreux pour en parler ici. Nous parlerons simplement du "toque a Osáin" (Kurú-kurú be’te et autres vueltas):
On peut ici rayer les 4 premières mesures qui sont inutiles, pour avoir été répétées immédiatement après.
Le cycle de la clave est bien ici de 2 mesures, mais il est décalé !! Le cycle du toque commence réellement un temps plus tard. Il doit respecter le sens du chant “Kurú-kurú be’te” qui est “scandé” ici par les tambours.
Dans la “Section 1” on trouve deux “presionados” simultanés chez iyá et itótele. Ce cas de figure absurde n’existe pas, ou procède d’un style pour le moins étrange…
La mesure 2 de “l’Entrance to Section 2” devrait être une mesure à 3/8. Nous avons en effet ici un temps en trop par rapport à la réalité du toque!! Ce temps écrit ici “à vide” est en fait le premier temps de la “Section 2”, puisque elle aussi est décalée d’un temps!!!
Nous passons à partir de la “Section 2” à un cycle d’une clave pour une mesure: nous avons donc deux systèmes de métrique en opposition avec en prime un décalage d’un temps…!!!
Ce temps de décalage se rattrape dans la “Section 2” puis dans “l’Entrance to Section 3”, dans lesquelles le 2e temps de la 2e mesure est décalé d’un demi temps: cette phrase correspond à un chant pour Osáin qui dit: “Tiwi-tiwi la mo fi ye ra, tiwi, kukurú, kukurú”. Or c’est ce dernier “Kukurú, kukurú” qui est ici décalé. On retombe donc dans le cycle de la clave (mais toujours en une seule mesure) à partir de la “Section 3”.
La “Section 3” transcrite ici est une variation de la “Section 3” originale, qui ne comporte pas les 2 derniers enú figurant dans la 1ère mesure.
Dans la “Variante Iya Section 3” p.56, les trois enú d’iyá sur le 1er et le 2e temps sont décalés. Ils sont normalement joués un temps plus tôt.
Dans la partie “Entrance to Section 4”, itótele ne répond pas au llame d’iyá !!! Il aurait du répondre la même chose que dans le dernier temps de la “Section 4”.
Nous avons après la “Section 4” p.80 une “Conversation 4”, alors qu’il s’agit de la première conversation depuis le début du toque. Or, il s’agit là d’une preuve assez évidente, s’il en était encore besoin, de plagiat du livre de John Amira, dans lequel les conversations portent le numéro de la “Section” dans laquelle elles figurent (voir “Conversation 4-A” dans la “Section 4” page 65).
Cette même conversation 4 est en fait une “Utilisation du llame de transition comme conversation”. Ou, mieux, “cette conversation est utilisée pour introduire le toque”.
La dernière “Section” d’Osáin est un toque très utilisé dans d’autres contextes. Certains le nomment “Babá Fururú” (du nom du chant à Obatalá qui utilise ce toque), d’autres “toque a Naná Burukú”. Il est fort dommage de ne pas avoir pris la peine de transcrire ici plus de variations d’iyá et/ou de conversations, dans un toque très “utilisé” dans d’autres contextes, pour Eleguá, Ochosi, Osáin, Obatalá, Ochún ou Yegguá.
Nous avons ici ensuite un cas solfégique unique, puisque dans la “Variante Iya Conversation 4”, on trouve: une noire, suivie d’un demi-soupir surmonté d’un chiffre 3, puis une noire faisant partie d’un triolet, et un silence surmonté lui-aussi d’un chiffre 3, enfin une croche faisant partie d’un triolet, et un silence. Aucune de ces figures, visiblement extraites de triolets n’est reliée à une autre par une barre de liaison. Peut-être la fonction qui permet la liaison entre les notes faisant partie d’un même triolet dans un logiciel d’écriture musicale est-elle ignorée du responsable de la mise en page ?? Cet "appel pour conversation" ou "llame" est pourtant simple à transcrire en binaire…
La fin du toque n’est toujours pas transcrite. On arrête pourtant ce toque tout simplement sur le 1er temps du cycle. Il suffisait pour l’écrire de rajouter simplement une mesure…!

Conclusion

Espérons que le prochain ouvrage de Jacky Desveronnières sera mieux élaboré, et surtout vierge de tout plagiat. Imaginez un peu que Raúl Castro rétablisse les droits d'auteurs, et voilà l'État cubain en mesure de demander un euro par ligne plagiée, multiplié par le nombre d'exemplaires vendus, et de retirer de la vente et du prêt tous les exemplaires. Or cet ouvrage figure dans de nombreuses bibliothèques, car c'est là que nous l'avons rencontré pour la première fois.

Le plagiat, tel qu'il est défini par le Dictionnaire Encyclopédique Bordas, est: “L'imitation excessive ou servile de l’oeuvre d’autrui, dans une oeuvre que l’on présente comme la sienne propre, sans en mentionner l’inspiration. Le plagiat littéraire et artistique n’est poursuivi en France que s’il constitue une contrefaçon commerciale.” Il me semble que c’est le cas, puisque l’ouvrage est toujours en vente.
La contrefaçon, elle, est définie ainsi: “(Droit). Infraction (délit ou crime) qui consiste à reproduire, sans autorisation, au préjudice de son auteur une oeuvre, des devises, ou un objet de modèle déposé.”

Nous nous demandons maintenant si la maison de disque du groupe cubain "Orichas" s'estimera ou non lèsée pour ce qui suit:

(Détail de l'affiche du groupe Orichas)


(affiche du spectacle Yaki)



Nous préfèrons ne pas donner ici de lien sur lequel on puisse acheter l'ouvrage décrit ci-dessus. Nous ne nous sentirions pas très à l'aise à la place de ceux en font commerce.

lundi 14 janvier 2008

Photo inédite de Pablo Roche et Jesus Pérez


Sur un des blogs de "Silverspurr" qui nous a déjà gratifié de quantité de magnifiques autres photos, nous avons trouvé ce document rare. La photo étant en mauvais état, nous avons passé un bon moment sous Photoshop à essayer de l'améliorer. En voici le résultat. Nous allons tenter ici de les comparer avec d'autres photos déjà parues ici dans d'autres articles.
La légende de la photo disait: Jesús Pérez et Pablo Roche. Le batalero de droite nous est inconnu, même s'il ressemble vaguement à Giraldo Rodríguez…
Si Okilapká porte ici des lunettes, la position caractéristique de son corps et sa stature nous permettent de l'identifier assez aisément, avec quelques doutes cependant. Si on compare ce nouveau document avec la photo ci-dessous, de 1936, prise au moment de la première conférence de Fernando Ortiz:

On constate que la position caractéristique de la jambe droite derrière le pied gauche est la même. Les épaules et la forme de la tête sont les mêmes. Jesús Pérez est ici à droite alors qu'il était à gauche sur la première photo: il s'agit bien du même personnage, sans aucun doute. Les tambours semblent également être identiques.

Pablo Roche Cañal (1954)
Crédits photo: Fernando Ortiz,
tirée de "Orin Oricha" de J.Mason


Il semble que l'on retrouve également le même tambour iyá sur cette nouvelle photo, prise près de 18 ans après la seconde. Okilapká y est beaucoup plus âgé. On peut donc penser que la première photo date environ de 1940. La forme de sa bouche, accentuée par l'âge, est assez caractéristique et se retrouve sur les autres photos.

Pablo Roche Cañal "Akílakpá"
(Crédits photo: inconnus)



Trinidad Torregrosa, Pablo Roche, Raúl Diaz, "Pablo" et Giraldo Rodríguez, 1954 (Crédits photo: Fernando Ortiz,
photo tirée de "Orin Oricha" de John Mason)


Sur cette dernière photo, Pablo Roche est entouré de plusieurs de ses "disciples", et l'inconnu nommé "Pablo" par John Mason serait selon Humberto "La Película" Oviedo: Francisco Aguabella (!).

dimanche 13 janvier 2008

Bwa Caïman - Codex 21


Décidément, l'année 2008 démarre en fanfare!
Parmi la somme considérable d'excellentes nouveautés (cds, vidéos et ouvrages pédagogiques), il en est une qui pour une fois nous vient de France, et plus particulièrement de Loire-Atlantique. Ce disque pourrait bien chez les passionnés de tambours batá faire l'effet d'une petite bombe, nous allons ici essayer de démontrer en quoi.

Il s'agit du 3e album du groupe BWA CAÏMAN, "CODEX 21", dont les piliers sont depuis 1995:
-LUC "LUCCA" JÉROME
-GUILLAUME DELALANDE et
-OLIVIER CONGAR, musicien s'étant confronté depuis longtemps à la musique des tambours batá, puisqu'il jouait déjà en 1989 dans le groupe ILÚYENKORI de ROGER FIXY (voir l'album "Yakota").

(cliquez pour agrandir)


Après de nombreux séjours dans la grande île, et ayant colporté la musique traditionnelle de Cuba (et plus particulièrement celles des tambours batá) dans la France entière, Olivier Congar a également amené avec lui dans toutes les régions françaises de nombreux musiciens cubains de premier plan, tels MARIO "ASPIRINA" JÁUREGUI, MAXIMINO DUQUESNE, ERNESTO GATEL, ALBERTO VILLARIAL, etc… Il a pu également se confronter au Bénin à des sources africaines, démarche qu'à ma connaissance pratiquement aucun musicien cubain n'a pu ou voulu réaliser.

Depuis 1999 il est également, (en étroite collaboration avec l'organisme TREMPOLINO, à Nantes) à l'origine de nombreux stages à La Havane dans lesquels plus de cent cinquante musiciens français venus de tous les horizons ont pu faire leur premier séjour à Cuba, dans un cadre d'étude quasiment idéal, et dans des conditions s'améliorant sans cesse. Ces stages ont depuis leur création l'agrément de l'AFDAS, ce qui en minimise considérablement le coût, et les classe d'emblée hors-concours parmi les nombreux stages organisés là-bas. Tous les musiciens ayant fait ces stages en gardent un souvenir inoubliable, y-compris moi-même, qui ai eu le bonheur d'y participer à deux reprises.

Deux versions du 1er album d'Iluyenkori


Le cd "Codex 21" de Bwa Caïman est incontestablement une performance unique. Il comprend un seul morceau, sorte de "super oro seco" de 45 minutes, joué en une seule prise, en enchaînant tous les toques, qui sont au nombre de… 78!!
(Encore que mon décompte puisse être remis en cause).
L'ordre-même des toques et de leurs enchaînements a été mûrement pensé, et leur classement constitue à lui seul un remarquable travail. Combien de percussionnistes en France (ou en Europe, d'ailleurs), se considérant comme joueurs de batá sont-ils capables de jouer 78 toques?

L'étude de ces tambours est de toute façon une preuve de courage, et de passion, puisque qu'elle est longue, fastidieuse et financièrement vouée d'avance à l'échec. La réflexion que se font souvent entre-eux les gens qui partagent une vraie passion pour les batá est: "De toute façon, nous ne gagnerons jamais d'argent avec ça…". Comment un joueur de batá va-t-il gagner sa vie en France? En faisant des concerts: non. En vendant des disques: non-plus. En accompagnant des stages de danse? oui, au grand maximum dix fois par an. Il faut également trouver des gens motivés avec qui jouer, sur une longue durée, et ne pas s'arrêter une seule année, au risque de perdre ses acquis. Il devient cependant évident que depuis quelques années les sources pédagogiques se sont multipliées - nous tenterons de le démontrer dans un autre article - même si là encore on trouve tout et n'importe quoi, si l'on ne sait pas à qui s'adresser, tant il est vrai que certains ouvrages ne sont pas piqués des vers (-onnières).
Quand à la question du rituel, souvent mise de côté par certains, ou dénigrée par d'autres (dont la plupart n'ont jamais mis les pieds dans des "tambours"): il n'est absolument pas impossible qu'un jour on puisse jouer dans des cérémonies de Santería en France. Quand on relit "Le Pied à l'Étrier" (correspondance entre Pierre Verger et Alfred Métraux), on se rend compte que les rituels vaudou sont pratiqués à Paris (au moins) depuis les années 1950, et donc qu'il y a forcément des musiciens requis pour cela. La condition serait qu'il existe une communauté santera en France, ce qui n'est peut-être pas pour demain, mais qui sait? Les batá religieux sont bien joués au Mexique, au Venezuela, à Porto Rico, dans de nombreuses villes des USA et maintenant au Brésil…!!

Olivier Congar


L'intérêt pédagogique de Codex 21 est évident. Où donc ailleurs (cherchez bien…), en un unique enregistrement fiable, trouverait-t-on semblable quantité (et qualité) musicale, si proche des sources authentiques de ces tambours? Pas même à Cuba. Le niveau de connaissance qu'ont les membres de Bwa Caïman est (très) solide, ils l'ont construit avec les plus grand bataleros havanais. Leurs sources sont donc multiples, les versions des toques parfois volontairement anciennes, et inédites.
Leurs références: PABLO ROCHE, via MARIO JÁUREGUI et PANCHO KINTO (deux de ses élèves), CARLOS ALDAMA, ALBERTO VILLARIAL, ARMANDO PEDROSO, ARMANDO "EL MONÓN" AVALLÍ (ou Avalle, ou Abellí?), etc…

Pancho Kinto (photo Jane Bunnett)


Après une étude minutieuse des toques figurant sur le cd, après consultation de la liste figurant sur le site du groupe Bwa Caïman, j'en ai déduit l'ordre et le minutage, selon les critères suivants:
ORICHA / (Minutage) NOM DU TOQUE (n°) / (Autres noms du toque)

ELEGUÁ / (00.00) MOYUBBA (1) /(Moyubación)
ELEGUÁ / (00.40) ECHÚ OLÓKUN (2) /(Eleguá Ni Ta(n), toque a Olókun)
ELEGUÁ / (01.05) ILÚBANCHE (3) /(Lalúgbanche)
ELEGUÁ / (01.36) AGOLATOPABUKENKE (4) /(Latokpa, Abukenke)
OGÚN / (02.44) OGÚN MATANCERO (5)
OGÚN / (02.56) OGÚN POR DERECHO (6) / (Mariwoyé, Ogundere)
OCHOSI / (03.16) TELEMINA (7) (Tere Mina, Ochosi Ayilodda, Achó Éwe)
OCHOSI / (03.29) AGUERE (8) / (Chakuo Aicha Kuele)
IBANLOKE / (05.07) IBANLOKE POR DERECHO (9) / (Obaloke, Imbaloke)
INLE / (05.46) INLE POR DERECHO (10) / (Tani Tani Chó Bí)
BABALÚ AYÉ / (06.28) IYANKOTA (11) /(Iyakota, Oyokota, Babalú Ayé I)
BABALÚ AYÉ / (06.54) BARIBA OGUE DEMA (12) (Babalú Ayé II)
BABALÚ AYÉ / (07.31) HEBBISO (13) / (Arará alante)
BABALÚ AYÉ / (07.52) ÑONGO (14)
OSÁIN / (08.18) KURUKURÚBETE (15) / (Osáin 1ra vuelta)
OSÁIN / (08.38) OKE (16)/(Tiwi tiwi, Tiwi Laboni, Osáin 2nda vuelta)
OSÁIN / (08.49) NANÁN BURUKÚ (17)(Osáin 3, Mamura Mofinyen)
OSÁIN / (09.01) IYESÁ (18)
OSÁIN / (09.16) BOROTITILAWA (19)/(Baba Fururú, Obanla)
OSUN / (09.32) OSUN POR DERECHO (20)(Kán-kán de Osun)
OBATALÁ / (10.07) ORISA NPAWA (21)
OBATALÁ / (10.19) ODUAREMÚ O (22) (et Baba mi Chokotó)
OBATALÁ / (10.37) REZO (23) /(Obatalá I, Baba Kueyu Manikio)
OBATALÁ / (11.01) OBATALÁ POR DERECHO (24) / (Obatalá II)
OBATALÁ / (11.56) EMI SO (25)
OBATALÁ / (12.11) (X) (nc) / (Obatalá por derecho 3ra vuelta)
OBATALÁ / (12.36) OCHIKAMBO (26) / (Chikambó)
OBATALÁ / (13.10) BONKOIWONLORO (27)
DADÁ / (13.23) DADÁ POR DERECHO (28) / (Wolenche, Idde were)
OGGUÉ / (13.56) OGGUÉ POR DERECHO (29) / (Oke, Malamalá dé)
AGAYÚ / (14.10) AGAYÚ POR DERECHO (30)(Akara Cholá Kinigwuao)
AGAYÚ / (14.37) AGAYÚ CHOLAÑIO (31) / (Agayú Cholá I)
AGAYÚ / (14.55) OYAOYAOTAKUÁ (invento Okilakuá) (32)
AGAYÚ / (15.06?) OYAOYAOTAKUÁ (33)
AGAYÚ / (15.11) OKE OKE (34) / (Agayú Chola II)
AGAYÚ / (15.37) ELÉKOTO (35)
ORULA / (16.23) ORULA POR DERECHO (36)
ORULA / (16.59) ORUNMILA (37) / (Elékete Meye)
ORICHA OKO / (17.20) ORICHA OKO POR DERECHO (38) (Kán-kán)
IBEYÍ / (18.09) IBEYÍ POR DERECHO (39) / (Kere-kere nya)
CHANGÓ / (18.24) OBATILEMI (40)
CHANGÓ / (18.48) OFERERE (¿antiguo?) (41)
CHANGÓ / (19.03) OFERERE ANTIGUO (?) (42)
CHANGÓ / (20.00) EBIKPAMI (43) / (Ewinpami, Ebikuami)
CHANGÓ / (20.32) TITILARO (44) / (Didilaro)
CHANGÓ / (22.08) ALUYA (45) / (Meta de Changó, Meta-meta)
CHANGÓ / (24.36) (X) (nc) / (Kán-kán pour transition?)
CHANGÓ / (24.43) FOMALOKETE (46) / (Foma Ogguede)
CHANGÓ / (25.04) ENI ALADÓ (47)
CHANGÓ / (25.32) ALADÓ O KÚ O (48)
CHANGÓ / (26.10) KOWO-NKOWO (49)
CHANGÓ / (26.33) BAYUBA (50)
YEWÁ / (27.49) YEWÁ POR DERECHO (51) / (Omolo Yewá)
YEWÁ / (28.10) AWA KUNFE AWATILAODE (52)
OYÁ / (28.29) IYE IYEKUA (53)
OYÁ / (28.49) OYÁ BÍ IKÚ (54)
OYÁ / (29.28) OYÁ POR DERECHO (55)
OYÁ / (31.23) TUÍ-TUÍ DE OYÁ (56)
YEMAYÁ / (32.49) AFREKETE (57) / (Arará atrás)
YEMAYÁ / (33.27) PASEO DE YEMAYÁ (58) / (Alaró, Aró de Yemayá)
YEMAYÁ / (34.29) SOKU'TA NIWO (59) / (Wemilere)
YEMAYÁ / (34.39) ALARÓ (60)
YEMAYÁ / (35.08) OMOLODE (61) / (Zapateo de Yemayá)
YEMAYÁ / (35.27) CHIKINI (62)
YEMAYÁ / (35.38) ALARÓ (60bis, suite du n°58)
YEMAYÁ / (36.00) META DE YEMAYÁ (63)
YEMAYÁ / (36.40) TANIBOYA (64)
YEMAYÁ / (37.29) ALARÓ (60ter)
OBBA / (37.41) OBBA POR DERECHO (65)(Kán-kán de Obba, Obba Elekó)
OBBA / (38.29) (X) (nc) / (Obba 4, Egbaddo, Egwaddo, Akete Oba)
OBBA / (39.18) CHACHALEKPAFON (66) (Chachalokuafun, -loddefun)
ODDUÁ / (40.10) ODDUÁ POR DERECHO (67) / (Baba Aremú Ire)
OCHÚN / (40.54) CHENCHE KURURÚ (68)
OCHÚN / (41.22) IYAMASE (69)(Iyamaselobí Changó, Beroniabebe Ochún)
OCHÚN / (41.37) YAKOTA (70)
OCHÚN / (41.45) OCHICHE IGWAMO (?) (71) / (Ochinché Igwama)
OCHÚN / (41.58) BIMA OCHÚN I (72)
OCHÚN / (42.16) BIMA OCHÚN II (73)
OCHÚN / (42.50) (X) (nc) / (Kán-kán de transition?)
OCHÚN / (42.52) CHAKUMALENKE (74) / (Tosun-tosun, Chakumaleke)
OCHÚN / (43.03) BAMILE OCHÚN (75) / (Gbamila Ochún)
OCHÚN / (43.26) (X) (nc) / (Kán-kán de transition?)
OCHÚN / (43.29) CHEKEKOMARITA (76) / (Cheke)
OCHÚN / (43.52) ENI OBOGBO SO LOYÚ (77)
(FINAL) / (44.27) (X) (78) / (Toque Final para Añá)
(…) / (44.42) (fin)

NB: À propos des noms employés par Olivier Congar pour répertorier les toques: ayant plusieurs solutions à sa disposition, il a préféré privilégier "les noms que leur attribuait Mario Aspirina ou Alberto Villareal dans un souçi de cohérence pour l'ensemble de la liste". Il faut encore préciser que j'ai n'ai pu m'empêcher, en tant que chanteur, de ré-orthographier certains noms de la dite liste, qui apparaîtront donc différemment de ceux figurant sur le site de l'association IYÁ. Je m'excuse auprès d'Olivier d'avoir pris cette liberté.

Iyá de Regino Jímenez, photo© Chris Walker


Je vais essayer ici de dénombrer quels ont été pour moi (qui me targue de posséder plus de 100 cds de musique yoruba de Cuba), dans CODEX 21, les éléments nouveaux susceptibles d'enrichir ma culture personnelle, en tant qu'éternel apprenti-joueur de batá:

-1°: PRÉSENCE DE LA MOYUBACIÓN, depuis longtemps disparue des rituels havanais, décrite différemment dans les ouvrages d'Ortiz, mais dont j'avais déjà entrevue semblable forme dans une transcription faite d'après l'enseignement d'Armando "El Monón".
-2°: ATTRIBUTION DU TOQUE (ECHÚ-)OLÓKUN À ELEGUÁ, comme dans les oro secos matanceros. L'usage de ce toque dans l'oro seco a disparu à La Havane, et en trouve pourtant la trace chez Ortiz dans les années 1950.
-3°: PRÉSENCE DU TOQUE MATANCERO À OGÚN, toque ne figurant à ma connaissance que dans trois disques cubains:
a- Rituales Afrocubanos d'Afrocuba de Mantanzas (Egrem 0058)
b- Sacred Rhythms of Cuban Santeria (FE 40419)
c- et "Orú de Igbodú, Antología de la Música Afrocubana vol.2" (Egrem 0736),
et dans un disque français: "Tambours Métis" d'Ilúyenkori".
-4°: PRÉSENCE DU TOQUE EMI SO AU SEIN DU TOQUE À OBATALÁ, justifiée par l'usage qu'en faisaient certains bataleros tels Pancho Kinto, élève de Pablo Roche.
-5°: PRÉSENCE D'UNE VERSION ANCIENNE DU TOQUE "OYA OYA O TAKUÁ", qui serait une version d'Okilakuá (Pablo Roche), si l'on en croit les précisions apportées ICI sur le site de l'association Iyá.
-6°: PRÉSENCE DE 11 TOQUES POUR CHANGÓ, dont une version d'Oferere que je n'avais entendue.
-7°: PRÉSENCE DE 10 TOQUES POUR OCHÚN.

Mario Jáuregui,
photo extraite du film "Habana de Cuba", de Marc Isypkine de Kerblay


L'ordre proposé par Bwa Caïman est bien évidemment basé sur celui de l'oro seco havanais. À cet ensemble d'un peu plus de 20 toques, ils ont donc rajouté plus de 55 autres toques, qu'ils ont placés de façon tout-à-fait logique. Il serait fastidieux d'expliquer ici en détail cette logique: il s'agit parfois de la place faite à Matanzas à certains d'entre eux (Ogún, Arará alante, Ñongo…), parfois il s'agit de l'usage fait de ceux-ci dans un chant (Wemilere avec Yemayá, Iyamase lo bí Changó avec Ochún…), parfois il s'agit de transitions musicales basées sur des points communs (Obba avec Chachalokafun). De plus amples explications sont fournies ICI.

Alberto Villarial Peñalver,
photo extraite du film "Habana de Cuba", de Marc Isypkine de Kerblay


Bwa Caïman démontre que les batá en France, près de 10 ans après la sortie du disque "Tambours Métis" d'Ilúyenkori, ne sont pas moribonds, mais qu'il existe bien une communauté de bataleros en France, renforcée il est vrai - et fort heureusement - aujourd'hui par de nombreux Cubains talentueux.
Si les premiers dans l'hexagone à jouer ces tambours - rendons à César - dans les années 1980, ont été Roger Fixy, Pascal Moueza et Christian Nicolas, Olivier Congar, lui, y est venu peu de temps après, et s'il existe un noyau originel au sein de la communauté française des bataleros, on ne peut nier qu'il en fasse partie intégrante.
Bwa Caïman démontre enfin qu'on peut être français, jouer ces tambours et produire un travail musical de qualité, qui certes n'est possible qu'après de longues années d'étude. S'il y a une (courte) discographie des batá français, ce disque en fait partie. Nul doute qu'il va en constituer un élément central, sinon la pierre angulaire.

Olivier Congar,
photo extraite du film "Habana de Cuba", de Marc Isypkine de Kerblay


Pour plus de renseignements sur le cd Codex 21, et pour en écouter des extraits, cliquer sur le lien de l'association Iyá ICI.